7 exercices pour commencer à écrire

On entend dans beaucoup de discours motivationnels qu’il faut 21 jours pour construire une habitude, qu’il suffirait d’écrire 100, 200 ou 1.000 mots tous les jours pour que ça devienne une évidence.

Oui, mais encore faut-il avoir quelque chose à dire.

Aujourd’hui, je suis là pour vous proposer sept projets d’écriture : sept, parce que, répétés trois fois, ils nous mèneront au fameux podium des 21 jours.

Notre but ici n’est pas de produire de la grande littérature. Il s’agit surtout d’apprivoiser la page vide, d’apprivoiser notre rapport à l’écriture et de nous apprivoiser nous-mêmes. Parce que nous avons tous le même problème : nous ne savons pas par où commencer.

Ces exercices sont donc surtout le moyen de débloquer votre premier paragraphe, quel que soit votre humeur, quelle que soit votre imagination. Ca veut dire que vous n’êtes pas tenus de les finir si, à un moment, les mots que vous avez écrits en libèrent d’autres ou si une idée vous vient à l’esprit : suivez-la, elle sera d’autant plus belle qu’elle est inattendue.

Exercice 1 : Acrostiche des jours de la semaine

Les acrostiches sont ces exercices auxquels nous nous livrions en primaire, quand nous écrivions notre prénom verticalement sur une feuille de papier, avant de trouver un mot ou une phrase commençant par chacune des lettres en question. Bien entendu, les acrostiches ne se limitent pas à nos prénoms. Nous pourrions commencer chaque vers d’un poème par une lettre du mot « Amour », ou, de manière plus atypique, « ambition », « délinquance », … Peu importe.

Ce que je vous propose ici, c’est de commencer par le jour de la semaine où vous décidez d’écrire.

Attention, il s’agit ici de vraiment refléter la manière dont vous anticipez la journée qui commence ou dont vous avez ressenti celle qui s’achève, pas de chercher le premier mot venu qui commence par la bonne lettre.

Si vous êtes amoureux d’une personne que vous ne voyez pas le weekend, et que vous vous réjouissez de la retrouver dans quelques heures, peut-être écrirez-vous ceci :

Le lundi est pour moi
Une journée magnifique.
Ne serait-ce pas
De te revoir enfin ?
Inséparables ? A jamais !

Mais si, au contraire, vous vous sentez coincé dans votre routine métro-boulot-dodo, votre texte ressemblera sans doute plus à ceci :

Levé
Uriné
Nespresso
Dépité
Indifférent

Vous pouvez bien sûr être aussi prosaïque et aussi poétique que vous le désirez. Vous pouvez vous limiter à un mot par ligne, choisir d’écrire une phrase, ou un vers. Si vous vous sentez l’âme d’un poète classique, ma foi, allez-y en alexandrins rimés, je vous applaudirai des deux mains. Une chose est sûre : ce premier mot peut être aussi difficile à trouver qu’une rime riche si vous cherchez des idées qui reflètent vraiment votre journée.

Exercice 2 : le champ lexical

Les champs lexicaux sont des groupes de mots qui évoquent un même concept. Ainsi, le champ lexical de la mer serait l’eau, les vagues, le sable, les vacances, la plage, bleu, bronzer,… Le champ lexical du cirque serait : chapiteau, clown, spectacle, animaux, cheveux d’anges, tigre, éléphant, nez rouge, perruque, trapèze… Enfin, pour vous donner un dernier exemple, le champ lexical de la guerre comprend entre autres : armes, désolation, famine, souffrance, mort, paix, armistice, canon, fusil, chevalier, soldat, mercenaire, …

Cet exercice consiste simplement à choisir un champ lexical et à utiliser cinq, dix ou quinze mots de ce champ lexical dans un texte. Choisissez cinq mots si vous le faites pour la première fois, dix pour la deuxième fois, et quinze pour la troisième fois.

Des champs lexicaux à la fois intéressants à explorer mais pas trop difficiles en terme de vocabulaire sont : l’école, la maison, la mer, la montagne, la nature, le bureau, la famille, la tristesse, la joie…

Exercice 3 : In the year 2525

Vous connaissez la chanson ?
« En l’An 2525, si l’homme vit encore, si la femme peut survivre…« 

Comme le groupe Zager and Evans, explorez ce que ce que ce futur lointain nous réserve. L’évolution nous aura-t-elle fait perdre nos orteils ? L’homme aura-t-il développé des branchies pour s’adapter à la montée de eaux ? Serons-nous devenus des êtres immatériels n’existant que par la pensée ? L’heure du Jugement Dernier sera-t-elle passée ? Les machines auront-elles entièrement remplacé l’homme ?

N’hésitez pas à commencer en douceur par des phrases hachées qui reprennent simplement des idées que vous avez croisées à gauche ou à droite, dans les journaux, au cinéma ou dans des livres. Lesquelles vous semblent possibles ? Lesquelles vous semblent poétiques ? Lesquelles vous font peur ?

Choisissez une de ces dernières options. Elles éveillent une réponse émotionnelle et vous permettra plus facilement de poursuivre. Et puis développez : à quoi ressemble le quotidien d’une personne lamda dans ce futur ? Doit-elle encore gagner sa vie ? Quels sont les petits plaisirs du quotidien ? Les petits soucis de tous les jours ? A quoi pense-t-elle en se réveillant le matin, quelles sont ses ambitions, ses rêves secrets et ses plans ?

Exercice 4 : les allitérations

L’allitération, c’est cette figure de style qui consiste à utiliser le même son ou des sous proches encore et encore.

Les associations seront plus faciles avec certains son, comme le S et ses serpents qui sifflent. Quel que soit le son que vous choisissez, vous pouvez également vous simplifier la tâche en commençant par écrire une onomatopée contenant ce son :

Ding-ding-dong tonnait la tour de droite – dong-dong-ding, disait la tour de gauche, et les deux tours dissonantes dictaient la danse de toute la ville. Dense, en transe, le foule doutait du temps…

Après quelques phrases, vous aurez construit un univers qui ne vous serait jamais venu à l’esprit autrement. N’hésitez pas à interrompre les allitérations pour poursuivre sur un ton plus normal.

Exercice 5 : décrire une photo

On peut difficilement faire plus simple. Retrouvez une photo qui vous a semblé particulièrement belle, triste, révoltante… Peu importe d’où elle vient, que ce soit d’Instagram, d’un journal ou d’un livre d’histoire, voire même être une photo que vous ou vos proches avez prise. L’essentiel est qu’elle vous ait marqué, d’une manière ou d’une autre.

Vous pouvez avoir la photo devant les yeux pour poursuivre l’exercice, mais vous pouvez aussi simplement travailler sur base du souvenir qu’elle vous a laissé.

Décrivez ensuite la photo. Ca peut être une description très simple, très terre-à-terre ou même très abstraite. Il s’agit surtout de commencer. Après quelques lignes, si vous souhaitez poursuivre l’exercice, posez-vous quelques questions : pourquoi, comment, quel effet ? La question « quel effet » est toujours particulièrement intéressante, bien sûr : quel effet la photo a sur vous, mais aussi que ressentent les personnes sur la photo, s’il y en a, ou que ressentiraient des gens s’ils étaient dans le paysage représenté. Que ressentiriez-vous si vous étiez là ?

Exercice 6 : décrire une odeur

Ok, celui-là peut sembler plus difficile, mais une fois que vous êtes lancé sur cette idée, rien ne peut plus vous arrêter. Vous pouvez couvrir dix pages sans voir une seconde passer.

Retrouvez une odeur positive que votre cerveau prend le temps de reconnaître activement chaque fois que vous la sentez. Ca peut être l’odeur qui s’élève quand vous passez devant une boulangerie, l’odeur du sol après une pluie de printemps, l’odeur des sous-bois dans lesquels vous faites vos promenades le weekend, l’odeur de la maison de vos parents, le poil de votre chien, la mer, le cuir d’un beau sac, …

Peut importe ce que vous choisissez, toutes les odeurs ont une histoire, un contexte, un effet. Toutes les odeurs méritent d’être décrites. Alors allez-y !

Quels mots mettriez-vous sur l’odeur ? Que vous évoque-t-elle ?

Exercice 7 : Mais où est donc Ornicar ?

On retourne sur quelque chose de plus facile, de plus concret, pour finir.

Pour la première fois de votre vie, trouvez un usage pratique au fameux moyen mnémotechnique. Utilisez les mots « mais, ou, et, donc, or, ni, car » pour structurer votre récit – dans cet ordre-là (ou « mais, ou, et, donc, car, ni, or » si vous avez grandi en croyant que Carnior était un prénom plus courant qu’Ornicar).

Attention au « et », vous aurez du mal à ne pas en glisser un ou deux dans le reste du texte par inadvertance…

Cet exercice peut s’avérer aussi amusant que frustrant, étant donné que les mots que vous ne pouvez pas utiliser changent à chaque fois que vous avancez un peu dans votre rédaction, mais vous verrez : les limites sont souvent une excellente manière d’explorer sa créativité.

Et pour finir… Partager !

Partager peut être libératoire, que vous écriviez pour vous ou pour les autres. Partager, c’est tourner une page. C’est s’assurer qu’un mot sorti est réellement dehors et qu’il ne reviendra pas vous ronger.

Et pourtant, écrire peut semble si intime. Nous n’avons pas toujours envie que d’autres lisent ce que nous rédigeons, et c’est tout à fait normal. Ce que vous pouvez faire alors, c’est simplement dire en commentaire quelques mots sur votre expérience : quel exercice avez-vous fait ? Essayez-vous de tenir 21 jours ? Quels exercices vous semblent plus facile, et pourquoi ?

En parlant de votre expérience, vous partagez votre écrit sans le dévoiler.

Cela dit, si cela ne vous intimide pas, n’hésitez pas non plus à publier vos textes dans les commentaires. Je me ferai un plaisir de voir ce que ces petits exercices sont devenus dans vos mains.

L’écriture pour se libérer

Sur ce site, ce que j’aimerais vous proposer, c’est d’apprendre à vraiment connaître un des outils que nous maîtrisons tous, mais dont le vrai potentiel nous échappe souvent. L’écriture.

L’écriture ? Pour faire quoi ?

Chacun sait qu’il y a une connexion unique entre les arts et nos émotions et sentiments. Nous sommes touchés quand nous entrons en contact avec de l’art (parfois plus, parfois moins), et nous savons, sans toujours comprendre comment, que les artistes émettent quelque chose qui vient, parfois très profondément, d’eux quand ils produisent de l’art. Cet art peut être spontané ou calculé, engagé ou moins, il peut servir un but ou être moins conscient, mais qu’il est toujours de près ou de loin connecté à la sensibilité de l’artiste.

L’article a donc trouvé, d’une manière ou d’une autre, le moyen de se connecter avec une part de sa sensibilité, et de l’exprimer.

Nous-mêmes, à tout moment, que nous allions bien ou mal, nous avons également besoin de ce type de connexion, même s’il peut nous sembler que nous tâtonnons plus. Chacun de nous a besoin d’être en contact avec ce qu’il y a des plus intime en nous-mêmes, ce qui est si délicat que nous ne le comprenons pas toujours dans nos journées débordées : nos sentiments.

Mais concrètement ?

Nous comprenons que l’art permet de se rapprocher de sa propre sensibilité. Mais nous ne sommes pas des artistes. Ou pas vraiment. Ou à nos heures perdues. Ce ne sont des gribouillis sur une feuille volante. Quelques notes d’un répertoire limité sur une guitare… Non, nous ne pourrions pas prétendre au titre d’artiste. Nous n’avons jamais appris formellement. Nous n’avons pas passé des années à apprendre le solfège, nous n’avons pas passé des heures chaque semaine à l’académie de musique.

Mais il y a une chose que nous oublions souvent : nous avons bien passé des heures à apprendre à écrire. La moitié de chemin a déjà été faite. Nous avons eu la chance d’apprendre à écrire si jeunes, et d’écrire tant et si souvent, qu’il existe une connexion vraiment forte entre notre monde intérieur et l’écriture.

La seule chose qui nous handicape, c’est un lien qui existe, une impression que nous avons que l’écriture « c’est sérieux », par opposition à la parole. On parle de tout et de rien, mais on écrit pour mettre les choses au net. Même aujourd’hui, alors que l’écriture a remplacé une certaine forme d’oralité à travers les ordinateurs, les tablettes et les téléphones, nous faisons la différence entre « écrire » et « texter », pour distinguer ce qui est sérieux de ce qui ne l’est pas.

C’est une erreur. Si un dessin ne pouvait qu’être correctement proportionné, s’il ne pouvait y avoir de musique qui ne soit pas symphonique, si les films ne pouvaient être que du grand cinéma, il n’y aurait pas de petits coeur dans les marges des cahiers, pas de chansons sous la douche, et pas de Tik-toks.

Et si nous sommes capable d’une telle production, si spontanée et agréable dans des arts que nous ne maîtrisons pas le moins du monde, que pourrions-nous atteindre avec l’écriture, que nous avons été formés à connecter à nos pensées et à nos émotions durant des années ? Que pourrions-nous atteindre si nous pouvions nous libérer de la sacralisation de l’écrit ?

Je ne suis pas un auteur, et les journaux intimes, c’est pas pour moi.

Bien sûr, je ne parle pas de devenir tous de grands auteurs acclamés par la critique, non. Je parle simplement d’être capable d’exprimer pour soi-même ce qui brûle de sortir avec une précision que la plupart d’entre nous ne pourrait jamais atteindre à travers le dessins, la musique, les arts plastiques ou d’autres formes d’expression artistique.

Nous sommes tous en mesure de trouver une voie à travers l’écriture.

C’est une des choses que nous allons essayer d’apprendre à développer sur ce site, en y allant pas à pas. Il ne faut pas avoir des idées, savoir sur quoi écrire, je tenterai de mon mieux de vous guider à travers des sujets qui vous ouvriront la voie. Il y aura des exercices pour désacraliser l’écriture ou même pour désacraliser la pensées. Des exercices pour apprendre à oser, d’autres pour apprendre à comprendre, d’autres enfin pour apprendre à faire face ou à tourner le dos…

Et si j’espère aider une personne ou l’autre, si la moindre phrase libératoire, la moindre respiration plus légère me semble être une victoire, j’espère aussi apprendre de ce partage, apprendre de votre retour, de vos mots, vos impressions. N’hésitez pas à partager avec moi aussi bien ce que vous pensez de ce que je vous communique que, si vous vous en sentez libre, ce qui vous viendra quand je vous proposerai des exercices d’écriture.

Je rêve d’avoir ici un lieu d’échange, un lieu où chacun d’entre vous osera se sentir ouvert – et pour cela, je n’hésiterai pas un instant à modérer des commentaires négatifs ou malveillants.

A très bientôt pour nos premiers pas !